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Brigitte Girardin, invitée du Grand Débat sur Radio Africa n°1 (2/2)

Publié le par Agir Ensemble

Suite et fin du verbatim de l'intervention de Brigitte Girardin au micro de Radio Africa n°1

Sur l’état actuel de la diplomatie française

Je crois que malheureusement, c’est l’image de la France qui est abîmée à l’extérieur et je crois qu’il est temps que la France retrouve son rang. On citait tout à l’heure ce printemps arabe : ces populations arabes qui se lèvent aujourd’hui, elles se lèvent pour défendre nos valeurs, nos principes. Et donc, c’est important que la France soit présente et fasse entendre sa voix. (…)

Je ne vais pas faire de commentaires sur les personnes, mais c’est vrai que pour avoir une grande diplomatie, il faut avoir une belle image de notre diplomatie, et c’est un peu regrettable effectivement que cette image de notre diplomatie n’ait pas été celle qu’elle aurait dû être.

Sur la rivalité entre Dominique de Villepin et Nicolas Sarkozy

Ecoutez, en tout cas de la part de Dominique de Villepin qui a eu à subir effectivement une épreuve très douloureuse avec le procès Clearstream, c’est jamais très agréable de se voir promis à un croc de boucher, je vous l’accorde… Mais je dois dire, connaissant Dominique de Villepin depuis plus de 30 ans, je peux vous dire que c’est quelqu’un qui n’a pas de haine et qui, une fois qu’il a été blanchi en première instance, a tourné la page. Et le fait d’ailleurs que Nicolas Sarkozy ait souhaité le consulter sur ces questions internationales et qu’il ait accepté de le rencontrer (…), eh bien je crois que c’est la démonstration de deux choses.

Premièrement, c’est une reconnaissance des grandes compétences internationales de Dominique de Villepin et de sa stature d’Homme d’Etat. Et deuxième chose, c’est la démonstration que Dominique de Villepin est un grand républicain et que précisément, quand l’intérêt de la France est en jeu, quand l’intérêt général est en jeu, eh bien, il n’y a pas de questions personnelles à faire intervenir dans un contexte où il est important que la France sorte par le haut de cette situation.

Sur les valeurs au cœur des révolutions arabes

(…) Si je me suis permis d’insister sur ce point, c’est parce qu’on veut nous faire croire, en agitant des peurs que ces populations se révolteraient au nom de l’Islam, pour des principes religieux, mais justement, il faut arrêter de faire cet amalgame et cette confusion. Ces gens qui se révoltent, c’est parce qu’ils veulent mieux vivre, ils ont des revendications économiques et sociales auxquelles il faut répondre. Donc ne mélangeons pas tout et n’ayons pas peur de ces mouvements ! Au contraire. Il faut considérer que c’est une chance. Et il faut, je parle de les accompagner, ça veut dire qu’il faut avoir un partenariat avec ces pays. Ce sont nos voisins. Il sont de l’autre côté de la Méditerranée et je crois que c’est le moment de refonder cette Union de la Méditerranée et faire en sorte que nous ayons un vivre ensemble des deux côtés de la Méditerranée qui soit porteur d’espoir pour tout le monde.

Sur la montée du Front National

Depuis 4 ans, encore une fois, nous nous sommes posés en gardiens de l'esprit républicain, en dénonçant tous ces débats qui ont pour objectif de stigmatiser, de diviser les Français, à un moment où, avec cette crise terrible qui affecte la France, il est plus que jamais nécessaire de rassembler les Français. Et au lieu de les rassembler, on les divise. Alors un jour, on stigmatise la communauté musulmane, un autre jour, on stigmatise les Roms, le débat suivant: on va maintenant lancer le débat sur l'Islam, mais attendez ! Est-ce que vous croyez vraiment que la première préoccupation des Français, c'est de participer à un débat sur l'Islam, alors que toutes les enquêtes d'opinion vous montrent que le sujet numéro 1 des Français, c'est l'emploi. Donc, répondons aux besoins des Français et à leurs préoccupations.

Donc ce sondage, effectivement il faut relativiser. Moi, vous savez très bien que j'ai suivi Jacques Chirac pendant de nombreuses années, j'ai deux souvenir: janvier 1995 et janvier 2002. Quatre mois avant les élections présidentielles, si on avait écouté les sondages, il fallait impérativement que Jacques Chirac ne se présente pas, parce qu'il allait perdre. Donc relativisons, mais en même temps, tenons compte de cette poussée du Front National qui est réelle et qui exprime cette exaspération des Français qui nous lancent un cri et qui nous disent: "mais occupez-vous de nous, occupez-vous de nos problèmes, répondez à nos préoccupations et arrêtez de faire diversion avec cette politique des boucs-émissaires ou alors, effectivement, la politique du fait divers !". Alors on a un problème un jour, on va faire une loi. On prendra d'ailleurs jamais les décrets d'application: c'est pas grave, et puis après on revient... L'exemple d'ailleurs le plus fameux, vous avez vu, je crois qu'on va en parler, l'histoire de la déchéance de la nationalité. Donc, c'est vraiment n'importe quoi !

Sur l'approche politique de Dominique de Villepin

On a davantage entendu les critiques de Dominique de Villepin sans écouter les propositions qui ont toujours accompagné les critiques. Heureusement maintenant, on arrive dans un temps où les propositions sont plus audibles et nous, nous ne cessons de faire des propositions très précises pour répondre à cette misère de beaucoup de nos compatriotes, pour répondre à cette espèce de déséquilibre dans nos institutions: on ne sait plus à quoi sert un gouvernement, on ne sait plus très bien où est l'indépendance des pouvoirs...

Enfin, on voit bien qu'il y a beaucoup de choses à corriger dans notre pays et il faut redonner effectivement de l'espoir aux Français, en leur disant la vérité. Parce qu'il y a un déni de réalité dans notre pays. Donc il faut dire aux gens: "il y a des efforts à faire" et les réformes qu'on va faire, c'est pas des réformes qu'on va faire sur 3 mois, sur 6 mois ou sur 2 ans. On voit bien que tous les gros sujets (prenez les déficits publics, prenez les problèmes de chômage, prenez le problème des retraites, la réforme de la fiscalité qui est nécessaire), on voit bien que ce sont des efforts qu'il faut faire sur une longue période, et en gros sur 10 ans. Donc, d'où la nécessité de recréer un consensus entre les Français et la position de Dominique de Villepin qui est une position de rassemblement gaulliste, c'est précisément d'être au-dessus de tous ces clivages idéologiques.

Je prends un exemple précis: la sécurité, puisque vous avez parlé des problèmes de sécurité. Est-ce que vous pensez vraiment qu'il faut avoir une approche idéologique du problème sécuritaire, c'est-à-dire une politique de droite avec la vidéo-surveillance, une politique de gauche avec la police de proximité? Arrêtons ! Est-ce qu'on n'est pas capable dans ce pays d'avoir une politique de sécurité consensuelle où certes on tienne compte des avancées technologiques, mais on tienne compte aussi de la nécessité d'avoir des policiers sur le terrain, en tirant les leçons des échecs de la police de proximité mise en place par la gauche, c'est-à-dire de mettre des policiers aux bons endroits et aux bonnes heures. (...)

Il y a de bonnes idées à droite, il y a de bonnes idées à gauche. Essayons de les rassembler, essayons de créer un consensus entre les Français ! Sur tous les grands sujets, nous devrons faire des efforts, et sur une longue période: toute réforme, c'est à 10 ans. Et en même temps, essayons d'éviter ces antagonismes permanents entre Français. Je crois que, plus que jamais, l'heure est au rassemblement et essayons de traiter les problèmes avec sérénité.

Sur le positionnement politique de République Solidaire

Je voudrais tout simplement rappeler que notre famille politique, c'est la famille gaulliste et que le gaullisme, c'est le rassemblement au-dessus de toutes les idéologies. Et voilà ! Donc je suis fière d'appartenir à cette famille gaulliste.

Sur la déchéance de la nationalité

Je vous rappelle que dans les deux exemples que vous citez, le bouclier fiscal comme cette affaire de la déchéance de la nationalité, nous avions manifesté très clairement notre opposition à ce genre de dispositions qui ne sont pas, tout simplement, la France.

Sur le caractère incontournable de la candidature de Nicolas Sarkozy

Nous, nous considérons qu'une alternative est plus que jamais nécessaire. (...) On n'est pas dans des combines politiciennes aujourd'hui. Je vous ai dit tout à l'heure que même à quatre mois de l'élection présidentielle, les jeux ne sont jamais faits. Et arrêtons de faire des supputations... Moi ce qui me choque d'ailleurs, c'est que dans tous ces sondages, on a l'impression qu'on veut mettre vraiment les Français dans une espèce de tuyauterie. (...)

Nous, on est dans le rassemblement qui va de l'UMP jusqu'aux Républicains sociaux, en passant par tous les centristes, les démocrates-chrétiens. On est dans le rassemblement, je vous l'ai dit tout à l'heure. Nos adhérents, à peu près la moitié vient de la droite, l'autre moitié vient de la gauche et du centre, et ça, depuis le début. Donc on est dans le rassemblement gaulliste et dans la proposition d'une alternative à la politique qui est menée, que nous dénonçons depuis 4 ans. Les faits nous donnent raison, et donc plus que jamais, nous allons proposer cette alternative aux Français.

Le 14 avril, vous aurez les grandes lignes de notre projet, et avant l'été, vous aurez notre programme. Donc je crois que les choses sont claires. Cette politique effectivement n'a pas donné les résultats attendus, donc je pense qu'il y a beaucoup de déception dans le pays et que l'heure est au sursaut républicain. Et il faut trouver une solution ! On ne peut pas se résigner à voir cette fuite vers le Front National, encore une fois, comme une exaspération contre une non-prise en compte des problèmes des Français. Et on ne peut pas se résigner à avoir un candidat socialiste quasiment élu par défaut, parce que les choses se feraient comme ça, sans avoir de débats sur les vraies propositions qu'attendent les Français.

Sur la candidature présidentielle de Dominique de Villepin

Ecoutez, nous procédons étape par étape. Depuis 2009, que faisons-nous? Nous avons commencé par créer un club politique, le Club Villepin. Ensuite, au mois de juin de l'année dernière, nous avons transformé ce club en un mouvement politique. Nous allons avoir un projet dans quelques jours. Nous aurons ensuite un programme. Chaque chose en son temps ! Et en tout cas, Dominique de Villepin est tout à fait déterminé: il l'a montré, il ira jusqu'au bout et nous voulons représenter cette alternative.

Sur le regard porté par Jacques Chirac sur République Solidaire

Aussi bien Dominique de Villepin que moi avons des relations d'affection avec Jacques Chirac que nous avons servi pendant de longues années et je pense que s'il désapprouvait notre action, il nous le dirait. (...) Vous savez, Jacques Chirac a pris le parti que nous respectons de ne pas s'exprimer sur la politique nationale. C'est tout à son honneur et c'est sa stature d'Homme d'Etat qu'il prouve une fois encore. Nous respectons tout à fait et nous nous gardons bien d'instrumentaliser Jacques Chirac pour lequel nous avons beaucoup trop d'affection pour cela.

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