Dominique de Villepin dans La Voix du Nord: "Nous sommes confrontés à la crise des grands partis"

Publié le par Agir Ensemble

Il n'est pas encore candidat mais il laboure déjà le terrain. Ce lundi, Dominique de Villepin s'arrêtera à Denain.

Vous venez lundi à Denain dialoguer avec les ouvriers d'une fonderie. Avec quel message ?

Avec ce déplacement à Denain, je veux rendre hommage à une grande histoire industrielle, à une région qui a souffert mais a su rebondir. Les Fonderies et aciéries de Denain sont un bon exemple. Voilà une PME dynamique de 150 salariés qui travaille à 90% pour l'exportation. A un moment où les Français s'interrogent sur les dangers de la mondialisation, c'est important d'aller voir sur le terrain comment on peut collectivement apporter des réponses en termes de productivité, d'amélioration des conditions de travail, d'innovation. La France a perdu plus d'un million d'emplois industriels ces dernières années. Il y a là un formidable défi à relever !

Arrêter la désindustrialisation, c'était aussi l'ambition de Nicolas Sarkozy en 2007. Qu'est-ce qui n'a pas marché ?

Il faut faire des choix dans la durée. La première condition pour réussir, c'est de constituer des grands pôles industriels et de véritables filières, avec à la fois des grands champions nationaux et des PME puissantes capables d'investir d'innover et d'exporter. Et puis il faut trouver un équilibre entre la compétitivité et une exigence de réciprocité pour protéger notre économie de distorsions de concurrence insupportables. Il faut aller plus loin dans la mise en œuvre d'un « small business act » européen en faveur des Pme et organiser des négociations pour des règles de réciprocité claires face aux États-Unis et à la Chine.

Cela doit se décider à 27 et on sait que ce n'est pas la tendance aujourd'hui

Je suis effectivement inquiet. La tendance en Europe ces dernières années a été plutôt à l'alignement sur le choix allemand de la rigueur à travers le pacte de compétitivité alors que nous aurions dû défendre une vision plus équilibrée entre la réduction des déficits et la croissance européenne. Nous devons nous doter d'outils capables de relancer cette croissance, à travers la mise en œuvre d'eurobligations ou un Fonds européen de l'innovation.

Ce que ne fait pas le pacte franco-allemand ?

Non car il fait le choix d'une réduction des déficits sur une période très courte. L'idée que la France va revenir à l'équilibre à partir de 2013 me paraît très utopique.

Vous allez proposer un "revenu citoyen garanti". De quoi s'agit-il ?

Depuis quatre ans, le choix a d'avantage été celui de miser sur ceux qui ont un travail pour travailler plus. Mais on en a vu les limites avec la crise, avec les risques pour la cohésion sociale. Il faut rassembler tout le monde et donner des garanties aux Français. Parmi les propositions que je veux faire avec République solidaire, il y aura la mise en place d'un "revenu citoyen" de 850 euros, qui aura pour contrepartie l'engagement dans un projet associatif, bénévole ou tout autre et la création d'un service citoyen, obligatoire pour les jeunes et volontaire pour tous. C'est ainsi que l'on peut remettre la société en marche parce que la dignité est une condition pour exercer sa citoyenneté.

Comment le financeriez vous ?

Ce revenu citoyen de 850 euros serait une garantie pour les plus défavorisés et un coup de pouce pour les classes populaires et moyennes, car cumulable avec un revenu jusqu'à 1500 euros, de façon dégressive. Par exemple, une personne payée au SMIC toucherait environ 150 euros supplémentaires. Le coût est estimé à 30 milliards d'euros, c'est-à-dire ni plus ni moins que l'ensemble des cadeaux fiscaux votés depuis 2007. La France est un des pays les plus riches du monde, elle a les moyens de financer cette mesure. Notre problème c'est la répartition des revenus.

Comment rétablir l'équilibre entre salaires et capital ?

La voix des salariés ne se fait pas entendre parce que le rapport de force est en faveur du capital. Il faut changer la donne à l'intérieur des entreprises. Ma réponse, c'est la cogestion à la française avec un tiers des sièges attribué aux salariés dans les conseils d'administration. Ils auraient ainsi la capacité de peser sur les grands choix de l'entreprise, en matière d'emploi, d'investissement, de pouvoir d'achat. En Allemagne, les salariés sont représentées dans les CA. Cela montre bien qu'on peut dialoguer avec ses salariés, signer des accords avec des syndicats puissants et marquer des points sur le plan économique. En France nous souffrons d'un déficit de dialogue social. Si tout se transforme en revendications et en lutte, c'est tout simplement parce que le rapport des forces est tellement inégal qu'il n'y pas de place pour la codécision. Dans tous les domaines, nous nous sentons bloqués, parce que nous n'avons pas les outils pour avancer.

A quels outils pensez-vous ?

Par exemple, comment avancer avec trente cinq voire quarante ministères ? Cela crée la confusion, l'empiétement et retarde les décisions. C'est pourquoi je proposerai une équipe de dix grands ministres, ayant la capacité de gérer leur domaine de compétence. Je vous le garantis, cela changerait la façon de faire de la politique. De la même façon, je proposerai de passer de vingt deux régions métropolitaines à huit grandes régions stratégiques pouvant peser en Europe et dans le monde. Leurs présidents élus au suffrage universel se réuniraient tous les quinze jours au sein d'un conseil territorial présidé par le président de la République. Ce conseil territorial serait épaulé par une structure de planification au service des régions pour définir une vraie ambition stratégique.

On voit votre projet se dessiner et tout le monde pense à l'étape suivante de la candidature. Pourquoi attendre ?

Parce qu'on voit bien qu'à treize mois de l'échéance, les esprits ne sont pas à l'élection, ils sont à la protestation. Les cantonales ont apporté deux messages. L'abstention est un signal de défiance généralisée à l'égard de la politique. Le renforcement du Front national mord à la fois sur la droite et sur la gauche, notamment dans le Nord Pas de Calais. Cela montre que nous sommes confrontés à une crise des grands partis qui ont du mal à répondre aux attentes des Français. L'histoire de 2011 sera aussi celle de la capacité pour d'autres mouvements de proposer une vraie alternative.

Quel est selon vous le bon calendrier ?

Je pense qu'il va y avoir encore des évolutions extrêmement profondes. Il faut laisser se décanter les choses. Vouloir aujourd'hui précipiter le débat ou les choix électoraux, c'est figer la donne et ce serait la garantie de repartir pour un tour, alors qu'on voit bien que d'alternance en alternance, ce ne sont pas véritablement des choix qui sont proposés aux Français mais de simples ajustements. Il faudra sans doute passer le cap de l'année pour que les choses se clarifient. C'est désagréable, mais il faut aller jusqu'au bout de cette purge. Ensuite les espoirs pourront se cristalliser. Les Français attendent une refondation, une nouvelle façon de faire de la politique.

La menace d'un "21 avril à l'envers" peut-elle vous amener à renoncer à une candidature ?

Je ne crois pas du tout à cette menace. La vraie menace pour la démocratie française, c'est l'étouffement du débat politique. L'épouvantail du FN brandi par les grands partis conduit à une confiscation du jeu politique. Je m'y refuse.

Source: La Voix du Nord


Source: La Voix du Nord

Commenter cet article