Dominique de Villepin en costume de candidat !

Publié le par Agir Ensemble

 

L’ancien Premier ministre visitait lundi une fonderie-aciérie à Denain dans le Nord. L’occasion pour lui de roder son futur programme.

Casque de chantier vissé sur le brushing, veste jaune fluo et lunettes de protection sur le nez au sortir de la fonderie-aciérie de Denain (Nord) : la visite de Dominique de Villepin, lundi, dans la ville du député-maire socialiste Patrick Roy, ressemble à s’y méprendre à un déplacement de campagne. Pourtant, on a tendance à oublier que l’ancien Premier ministre n’est toujours pas officiellement candidat à la présidentielle. D’autant qu’il s’applique à distiller les éléments marquants du programme de son parti, qu’il dévoilera plus en détail le 14 avril prochain.

Et c’est une véritable « refondation », une « révolution » même, que prétend mettre en place Dominique de Villepin : celle de « la dignité ». Il faut « conférer, rendre sa dignité à chaque citoyen », martèle-t-il dans le TGV qui file vers Lille. « C’est une absolue nécessité. » Au lendemain de la présentation par le Parti socialiste de ses 20 propositions pour 2012, Villepin entend bien se distinguer. Premier argument : le « revenu citoyen garanti » : un salaire pour tous, fixé à 850 euros, qui pourra être cumulé de façon dégressive jusqu’à 1 500 euros de salaire, en échange d’un engagement citoyen (bénévolat, associatif) ainsi que d’un service civique.

« La France est un pays riche ! »

Rien à voir, selon lui, avec ce qu’il considère comme des « ajustements à la marge », des mesures « du passé », proposés par le PS et l’UMP. « Et qu’on ne vienne pas (lui) parler de financement », « la France est un pays riche ! » s’exclame-t-il. Le budget de cette mesure représente 30 milliards d’euros, selon ses calculs, soit « l’équivalent des cadeaux fiscaux faits depuis 2007″. Refusant la sinistrose ambiante, Dominique de Villepin veut se poser en porteur d’espoir.

Il anticipe les critiques et se défend de proposer une politique utopique, ou même d’assistanat : « Ce n’est pas de l’assistance, les gens donneront ce qu’ils ont à donner. » Une proposition pour le moins originale qui prend le contre-pied de la politique de Nicolas Sarkozy, en redéfinissant la « valeur travail » sur laquelle le chef de l’État avait fondé sa campagne en 2007. Selon Dominique de Villepin, le slogan sarkozyste s’est heurté « au rocher de la mondialisation ». « On est loin du travailler plus pour gagner plus », croit utile de préciser Dominique de Villepin. L’ancien Premier ministre veut sortir le travail d’une logique « conditionnelle » et refuse de stigmatiser les Français comme des tire-au-flanc.

Redonner confiance dans la politique

Il s’est d’ailleurs fixé un défi majeur pour 2012 : redonner confiance dans la politique. « Qui y croit encore ? » s’interroge-t-il. Dénonçant au passage les « querelles de personnes » dans la majorité, qui, selon lui, « n’arrivent pas par hasard », il estime que la France manque d’une manière générale d’ »outils politiques ». « Mon expérience m’a amené à penser que l’important, ce sont les outils », explique-t-il. D’où ses autres propositions majeures : la simplification des instances gouvernementales en réduisant le gouvernement à dix grands ministères. Actuellement, « les ministères ne répondent plus, ils sont fragmentés ».

Autre élément essentiel de son programme : la création de huit régions puissantes, capables de rivaliser avec les « Länder » allemands. Enfin, Dominique de Villepin était venu parler de dialogue social aux salariés de la fonderie. Le fondateur de République solidaire propose notamment que les conseils d’administration des entreprises comportent un tiers de salariés.

« Les Français doivent pouvoir sortir d’eux-mêmes de leur souffrance, sortir de leur paralysie, c’est une main tendue à chacun », résume enfin l’ancien Premier ministre. Et lorsqu’un journaliste se hasarde à lui demander à quoi son programme est censé servir « concrètement » : « Est-ce que ce sera un programme de campagne ou doit-il servir d’inspiration aux futurs candidats, comme l’avait fait Nicolas Hulot et son pacte écologique en 2007 ? » – Dominique de Villepin répond, dans un sourire entendu : « J’ai beaucoup d’admiration pour Hulot, mais ça fait trente ans que je suis en politique… ». Qu’on se le dise, Villepin n’est pas là que pour souffler des idées…

Par Pauline de Saint Rémy

(Le Point, 04/04/2011)

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