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Dominique de Villepin sur RTL le 27/12/2010 : Interview

Publié le par Agir Ensemble

Dominique de Villepin était l'invité de RTL lundi matin. L'ancien Premier Ministre et Président de "République Solidaire" répondait aux questions de Philippe Corbé.

Bonjour Dominique de Villepin, La situation est toujours très tendue en Côte d'Ivoire. Dans le Figaro ce matin, Laurent Gbagbo dénonce un complot mené par la France et les États-Unis. Est ce que la France ne lui a pas fourni ces dernières semaines des arguments, pour dénoncer comme il le fait, cet interventionnisme ?

La France comme les autres pays Occidentaux, comme la plupart des pays africains a fait preuve de fermeté.

Sauf que la France est l'ancienne puissance coloniale, qu'il y a 15.000 français sur place et Nicolas Sarkozy a été très insistant.

Oui, mais la France est dans son rôle quand elle fait preuve de fermeté, quand elle défend la légitimité démocratique. La vraie question aujourd'hui, c'est : comment fait on pour aboutir ?... Est ce que nous devons privilégier des moyens de forces, ou est ce qu'il faut persévérer, insister avec détermination, pour utiliser tous les moyens pacifiques permettant de faire comprendre à Laurent Gbagbo et aux siens qu'il ne peut pas rester au pouvoir, et qu'Alassane Ouattara est le président élu de la Côte d'Ivoire.

Est ce que Nicolas Sarkozy a eu tort d'être aussi ferme avec Laurent Gbagbo. Parce qu'aujourd'hui, il n'est plus en position d'être un médiateur.

Aujourd'hui, une fois de plus, la vraie question c'est : faut il aller au delà, et recourir à la force militaire ? Je me réjouis de voir les envoyés de la CDEAO, la Communauté des États de l'Afrique de l'Ouest, se rendre à Abidjan pour rencontrer Laurent Gbagbo et lui dire avec insistance qu'il doit partir. Je crois que c'est par des moyens de pression, pressions économiques, pressions financières, pressions politiques, pressions diplomatiques qu'il faut agir. Le risque nous le connaissons. C'est celui de la guerre civile. Vous l'avez rappelé, j'ai traité des questions de la Côte d'Ivoire entre 2002 et 2004.

Vous avez été ministre des Affaires Étrangères....

Quand j'étais ministre des Affaires Étrangères, j'ai vu la fragilité de la situation, et à quel point il fallait de l'engagement, de la patience, de la détermination pour éviter que les choses ne s'enflamment. Je crois qu'il faut veiller à ce que la démocratie ne s'accompagne pas d'un bain de sang en Afrique.

Avec 15.000 Français au milieu.

Avec 15.000 Français, mais avec des populations africaines qui ne doivent pas non plus, être prises en otage. Donc, c'est tout cela qui doit être intégré par nous dans la stratégie mise en oeuvre, avec les pays africains, avec l'ensemble des pays de l'ONU. Il faut à mon sens, continuer à privilégier une stratégie de pression.

C'est très compliqué de savoir ce qui se passe exactement sur place. On parle de ratonades, d'exactions, d'enlèvements nocturnes. Est ce que les 900 militaires français peuvent rester passifs ?

Vous savez, qu'est ce que ce serait que de s'engager directement dans une action de force en Côte d'Ivoire. Vous imaginez une action qui nous engagerait. Je crois que ce serait une erreur. Si il y a une intervention, ce doit être celle des états africains, et une fois de plus, je le redis en Côte d'Ivoire, cela me parait à hauts risques. Donc, ce n'est pas du tout la solution que je recommanderai. Je crois qu'il faut faire preuve de patience. Pressions financières, pressions économiques, pressions politiques. Cela me parait la seule option, c'est par là que nous devons essayer d'agir.

Dominique de Villepin, des gouvernements de gauche et de droite se sont succéder depuis 98, depuis la première alerte sur le Médiator. Est ce vous diriez comme le professeur et député UMP Bernard Debré que "ignorer", pour un politique c'est une faute.

C'est une phrase qui peut avoir de très très lourdes conséquences. Je crois que les politiques ont des responsabilités, elles doivent être précisées à chaque fois qu'il y a une situation comme celle ci avec d'aussi graves conséquences pour autant de victimes. Néanmoins, c'est l'ensemble des responsabilités qui doit être précisé. L'Agence française sanitaire, ses travaux, est ce qu'elle a été suffisamment précautionneuse ? Les différents ministres concernés, bien sûr. Mais aussi le laboratoire, les médecins qui ont prescrit dans des conditions qui n'étaient pas acceptables

Pensez qu'il y ait des liens entre l'agence du médicament et le laboratoire, des liens un peu troubles ?

Je pense qu'il faut se garder de commentaires vagues et suspicieux dans ce domaine. Il faut se déterminer à partir de faits, les enquêtes doivent être menées. Il y a des enquêtes judiciaires qui sont en cours, il faut attendre de connaître la réalité des faits. Mais c'est l'ensemble de la chaîne de responsabilités qui doit être démontrée.

Vous aviez déjà entendu parler du Médiator avant ?

Non.

Parce que vous avez été Premier ministre, et Xavier Bertrand, était déjà votre ministre de la Santé en 2006 lorsque le remboursement du Médiator à 65% a été prolongé. Ça n'était pas remonté jusqu'à vous ?

C'est un problème qui n'a jamais été évoqué à ma connaissance à Matignon à l'époque.

Jean François Copé a longtemps été l'un de vos proches lorsqu'il vous étiez Premier ministre, il est aujourd'hui patron de l'UMP. Est ce que ça change vos rapports avec ce parti dont vous êtes toujours officiellement membre.

J'ai rencontré Jean François Copé, il y a quelques jours. C'est un ami, nous avons des relations de longue date. Ça ne change rien.

Vous n'avez pas accepté ce qu'il a pu vous proposer ? Qu'est ce qu'il vous a proposé.

Il ne m'a rien proposé, je vous rassure.

Parce que Jean François Coppé veut relancer à l'UMP, le débat sur les 35 heures, le débat sur l'identité nationale. Est ce que c'est vraiment la priorité.

Je crois qu'il faut se concentrer sur l'essentiel.

C'est quoi l'essentiel : les 35 heures et l'identité nationale ?

Je crois que l'essentiel aujourd'hui, c'est l'inquiétude économique et sociale de nos compatriotes. Nous venons de voir tomber les chiffres de novembre du chômage. Voilà une préoccupation centrale des Français. Comment faire en sorte pour redonner à notre pays, une compétitivité. Nous avons perdu pendant les deux années de crise, 500.000 emplois en France. Comment faire en sorte de restaurer cette compétitivité française.

Alors si les Français ne se préoccupent pas de cela...

Justement je vais le redire une fois de plus. Soit nous adoptons un calendrier électoral, les uns et les autres, tous ceux qui jouent un rôle dans la vie politique française et nous perdons de vue les préoccupations des Français. Soit nous revenons à cette réalité d'aujourd'hui - j'ai été il y a quelques jours visitant une association qui s'occupe des sans abris à Paris, "Les enfants du Canal", et nous avons là, toute une série de réponses qui sont données par le terrain. Veillons à ce que les hommes politiques ne soient pas coupés de cette réalité du terrain. Aider en chaque circonstance, trouver des solutions. Il y a un potentiel de créations d'emplois chez les PME françaises extrêmement important. Il faut regrouper ces PME pour qu'elles puissent poser plus lourd, notamment à l'exportation. Faire en sorte qu'elles travaillent avec les grandes entreprises, davantage en synergie. Autant de pistes qui doivent être explorées . La politique ne doit pas se couper de la réalité et elle ne doit pas se couper de l'action.

Dominique de Villepin, est-ce que Rama Yade, sera une bonne ambassadrice de France auprès de l'Unesco. Est ce qu'elle le mérite ?

Ça c'est un vaste débat. Moi, je suis de la vieille école de ce point de vue là. Je fais partie de ceux qui pensent que la diplomatie doit être exercée par des professionnels.

Pas recaser d'anciens ministres....

De temps en temps, on fait appel à telles et telles compétences. Je veux croire que Rama Yade y mettra beaucoup d'énergie. En tous cas, ce qui est certain, c'est que dans l'exigence diplomatique, il y a un devoir de réserve qui s'applique strictement. On ne peut pas être à la fois femme politique et ambassadeur.

Et pourtant Dominique de Villepin, quand vous étiez Premier ministre vous aviez recasé de la même manière Xavier Darcos qui avait été viré du gouvernement, comme ambassadeur de France auprès de l'Unesco.

Oui, je dois dire...

Vous le regrettez ?

Non pas du tout. Mais d'une manière générale je ne suis pas favorable à ce type de stratégie. Il se trouve que dans le cas présent, ce n'était pas d'ailleurs l'Unesco, c'était l'OCDE. C'était Catherine Colona, qui est diplomate elle, l'ancienne ministre des affaires européennes a été à l'Unesco et Darcos à l'OCDE.

L'autre jour, à ce micro de RTL, je demandais à François Hollande ce qu'on pouvait lui souhaiter pour 2011. Il a répondu "une bonne année 2012". Dominique de Villepin qu'est ce qu'on peut vous souhaiter pour 2011..?

Une bonne année 2011. A chaque année suffit sa peine.

Parce que justement en 2011, il y aura le procès en appel de l'affaire Clearstream.

Je ne pensais pas à ça particulièrement.

Vous déclarerez votre candidature avant ou après le procès ?

Non, je crois que le vrai calendrier, c'est celui des Français. Les Français ne sont pas aujourd'hui préoccupés par la campagne électorale française. Et l'on voit bien que l'ensemble des sondages qui sont menés, ne sont que très lointains par rapport à ces préoccupations...

Justement les sondages, ça fait un an que vous sillonnez la France, six mois que vous avez lancé votre parti. Pour l'instant, il n'y a pas d'effet médiatique, sondagier énorme Dominique de Villepin.

Il n'y a pas de préoccupations des Français par rapport à l'élection présidentielle, la préoccupation des Français c'est la crise, les difficultés d'aujourd'hui, et le moyen d'en sortir, et je crois qu'ils ont raison.

Et ça vous a fait plaisir que Jacques Chirac tanse publiquement Marie-Anne Monchamp qui était votre porte parole, qui a rejoint le gouvernement en disant : "tu as trahi Dominique, ce n'est pas bien".

C'est Jacques Chirac qui parle. Ce n'est pas moi.

Mais vous avez déjeuné avec lui, il y a 10 jours, il vous soutient discrètement ?

Mais voyez vous, nous n'avons même pas évoqué ce sujet.

Il ne vous a pas dit s'il allait voter pour vous ?

On n'a pas parlé de politique intérieure française.

Dominique de Villepin qui ne parle pas de politique française avec Jacques Chirac - c'est dommage - était l'invité de RTL ce matin.

Source: RTL.fr

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