Il est toujours curieux de constater que la sémantique est souvent source de confusion

Publié le par Agir Ensemble

Assistanat versus Aide

Il est toujours curieux de constater que la sémantique est souvent source de confusion. Prenons l'exemple du revenu citoyen. J'entends et lis ici et là le mot "assistanat" accolé à la proposition faite par Dominique de Villepin, comme si cela devait la disqualifier aux yeux du plus grand nombre. Je peux comprendre ce réflexe mais il convient tout de même de replacer les choses dans leur contexte et d'élargir les perspectives.

Le Petit Larousse Illustré (PLI) nous enseigne effectivement que l'assistanat est "le fait d'être assisté, secouru" avec, précise le PLI, une connotation péjorative. On notera que l'assistance (action d'assister quelqu'un, de lui venir en aide, de le seconder) ne "bénéficie" pas d'une telle opprobre.

Nous avons donc le revenu citoyen, destiné à environ 28 millions de françaises et français, pour un coût global estimé à 30 milliards d'euros par an et qui serait frappé du sceau infamant de l'assistanat. Quelques remarques :

1. Ce revenu citoyen ne vient pas s'ajouter aux différentes prestations existantes mais va les remplacer en les fusionnant, donc en facilitant la gestion de l'ensemble et en permettant aux allocataires de disposer d'un guichet unique, procédure simplifiée qui présente en outre l'avantage de faciliter le contrôle de l'attribution.

2. Sur les 30 milliards ainsi dispensés il y aura mathématiquement une partie qui reviendra dans les caisses de l'état, par le biais des taxes sur la consommation, car il y a vraiment peu de chance que l'allocataire des 850€ en destine tout ou partie à l'épargne ou aux placements dans les paradis fiscaux (échappant ainsi à l'impôt). Entre les taux minorés à 5,5 et le taux supérieur de 20,6, on peut raisonnablement estimer à 3 milliards d'euros annuels les entrées fiscales liées au revenu citoyen.

3. L'extension de l'impôt sur le revenu à l'ensemble des ménages, même pour les plus modestes et même avec une somme relevant plus de la symbolique, vient également quelque peu altérer cette "assistanat" qui collerait à la peau de celles et ceux qui le percevront.

4. La contrepartie exigée pour cette assistance de la collectivité fournira, par le biais du service citoyen, un certain nombre de prestations, non comptabilisées dans le Produit Intérieur Brut, mais qui correspondent bien à des services non marchands contribuant au bien commun (au fait, les tâches ménagères et le suivi de l'éducation des enfants, pour combien entrent-ils dans le calcul du PIB ? Non comptabilisées ! Ah bon ! Pourtant cela entre pour beaucoup dans la "tenue" du pays…).

Bref, en l'état de la perception qu'une grande partie de nos concitoyens ont de l'assistanat nous pouvons soutenir que celles et ceux à qui il est destiné subissent la double peine, celle de l'opprobre générale et celle des taxes sur la consommation, injustes car totalement déconnectées du montant des revenus (pour une même baguette de pain, madame Bettencourt, aussi riche soit-elle, versera ses 5,5% de TVA au même titre qu'une personne percevant les 850€ mensuel).

Sur l'autre versant des deniers publics distribués nous trouvons les aides au secteur privé.

Aide, selon le PLI, "Soutien ou secours apporté par quelqu'un ou quelque chose - Subvention, secours financier". Si nous sommes toujours dans l'assistance, nous ne sommes plus dans l'assistanat. Les aides et subventions publiques sont en effet destinées aussi au secteur privé et, là, il n'est certainement plus question d'accoler la vulgaire conception de l'assistanat à une mission aussi noble destinée aux forces vives que constituent les entreprises. Il s'agit de ne pas se tromper en déférence ! Quelques remarques :

1. En 2007 environ 65 milliards annuels destinés au secteur privé, avec bien souvent une remarquable opacité dans la distribution ou le service rendu et une remarquable constance dans le versement, même lorsque les conditions qui ont entrainé leur mise en œuvre ont disparu depuis longtemps (lire le passionnant et édifiant rapport co-signé par les inspections générales des Finances, des Affaires sociales et de l'Administration - http://www.scribd.com/doc/21556045/Rapport-Aides-Publiques-2007.)

2. Des niches fiscales qui entrainent un manque à entrer certain dans les caisses de l'Etat et il serait intéressant de faire le lien entre les entreprises bénéficiant des aides et subventions publiques et celles connues pour leur constante pratique de l'évasion fiscale (ici je lance un appel à notre ami Aderci, fin connaisseur de la finance publique et qui pourrait utilement nous apporter ses lumières sur le sujet - Merci d'avance !). Rappelons pour mémoire le tour de force du groupe TOTAL en 2010 : 10 milliards d'euros de bénéfice, zéro impôt payé en France.

3. Un bel effort solidaire d'un coquet montant de 350 milliards d'euros fin 2008 pour aider le secteur bancaire, sinistré par la crise des subprimes, à sortir la tête hors de l'eau. Ici, l'assistanat dont a bénéficié les BNP, LCL et autres Société Générale prend de surcroit l'allure d'une opération très rentable. Les 350 milliards en question ont été fournis par l'Etat qui, faute d'épargne disponible (la France ruinée évoquée par Fillon), a dû emprunter le montant aux agents du secteur financier, souvent filiales des organismes bancaires destinataires des aides, emprunts faisant bien évidemment l'objet de paiement d'intérêt de la part de la puissance publique, donc de vous et moi : Ce n'est plus la double peine, c'est la double rente !

On le voit bien, tout est dans l'art de la présentation : Assistanat versus Aide, sont aussi différentes que les deux faces d'une même médaille.

Dans quelle société évoluons-nous pour dénier la dignité du secours solidaire aux uns lorsque nous jetons des tombereaux d'argent public dans l'escarcelle des autres ?


http://www.scribd.com/doc/21556045/Rapport-Aides-Publiques-2007

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