MEDIATOR : Les responsables en 1998 disent n'avoir rien su sur le Mediator

Publié le par Agir Ensemble

PARIS (Reuters) - Les responsables politiques socialistes chargés de la Santé en France en 1998 disent avoir tout ignoré de l'alerte lancée à l'époque par l'Agence française du médicament sur la dangerosité du Mediator.
Cet antidiabétique également utilisé comme coupe-faim n'a été retiré du marché français qu'en 2009 alors que l'Espagne et l'Italie ont interdit sa commercialisation dès 2003.
Il serait, selon l'Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps, nouveau nom de l'Agence du médicament), à l'origine d'au moins 500 décès en France depuis sa commercialisation en 1976. Mais l'Afssaps estime que le nombre de victimes pourrait s'élever à 2.000 si l'on prend en compte les personnes qui sont mortes longtemps après l'avoir pris.
Le Figaro a publié vendredi une lettre alarmante adressée à l'Agence du médicament le 21 septembre 1998 par trois professeurs, dont Hubert Allemand, médecin conseil de la Caisse nationale d'assurance maladie.
"Il est en effet assez paradoxal de constater que la prescription de Mediator est tout à fait libre tandis que celle des médicaments du groupe des amphétaminiques est strictement encadrée depuis mai 1995", estiment les médecins de la Sécurité sociale dans un courrier qui n'a eu aucune suite.
Dès septembre 1997, l'Isoméride, autre médicament coupe-faim des laboratoires Servier qui commercialisaient le Mediator, était retiré du marché mondial du fait du risque d'hypertension artérielle pulmonaire et de maladies des valves cardiaques.
Or, le Mediator et l'Isoméride ont des caractéristiques chimiques très proches.
Martin Hirsch, qui était en 1998 directeur de cabinet du secrétaire d'Etat à la Santé Bernard Kouchner, a déclaré dimanche sur Canal + ne pas avoir entendu parler de cette mise en garde.
HIRSCH VEUT TIRER LES LEÇONS
"On est visiblement face à une faille, donc ça n'exonère pas, je me sens responsable du fonctionnement du système sanitaire à ma place, qui était celle de directeur de cabinet du secrétaire d'Etat entre 1997 et 1999, et c'est difficile de comprendre pourquoi les alertes ne sont pas remontées", a-t-il dit en annonçant qu'il transmettrait ses archives.
"Tous ceux ou toutes celles qui ont eu des responsabilités, quelles qu'elles soient à cette époque, doivent, c'est logique, rendre des comptes sur ce qu'ils ont fait ou pas fait", a-t-il ajouté en se disant "pas à l'aise" sur ce dossier.
Il ajoute toutefois que l'Agence du médicament avait le pouvoir de retirer les autorisations de mise sur le marché sans avoir besoin du feu vert du ministre pour le faire.
Dans le Journal du dimanche, Bernard Kouchner dit lui aussi n'avoir "jamais entendu parler du Mediator" ni vu la lettre. Son ministre de tutelle en 1998, Martine Aubry, a elle aussi déclaré dans l'hebdomadaire ne pas être au courant.
L'ancienne ministre de la Santé en 2009, l'UMP Roselyne Bachelot, a assuré le 15 décembre avoir agi dans les temps pour retirer le médicament du marché une fois sa dangerosité constatée et n'avoir eu connaissance d'un premier cas qu'en 2008.
"On ne peut pas préjuger de ce qui s'est passé avant", faisait-on valoir alors dans l'entourage de la ministre, renvoyant implicitement la balle aux responsables de 1998.
Le nouveau ministre de la Santé, l'UMP Xavier Bertrand, a commandé un rapport à l'Inspection générale des affaires sociales (Igas) qui doit être rendu le 15 janvier.
Le Parti socialiste, qui déplore les lenteurs de la France pour retirer le Mediator du marché, a obtenu la création d'une mission d'information parlementaire sur ce dossier.
Pour Martin Hirsch, des leçons doivent être tirées après la révélation qu'un médicament de la famille des amphétamines était prescrit à des personnes qui souhaitaient maigrir.
"C'est effectivement gravissime, il faut peut-être maintenant interdire purement et simplement le démarchage des médecins par les laboratoires pharmaceutiques, par les visiteurs médicaux", a-t-il dit en prônant aussi l'interdiction du financement de la formation continue des médecins par les laboratoires pharmaceutiques.
Yves Clarisse

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