Quand le joaillier Sarkozy invente la « femme-parure »

Publié le par Vivre Ensemble



Après Cécilia et Rachida, Rama, la perle noire, risque elle aussi de quitter la vitrine de Nicolas. Moralité : dans le casting bien ciselé du maître-joaillier élyséen, les gemmes n’ont le droit de briller que sur autorisation.



Qui l’eut cru !!? L’homme, même politique, et surtout politique parce qu’il est P-r-é-s-i-d-e-n-t, raffole des bijoux et pas seulement des Rolex. Nicolas SARKOZY nous en a administré la preuve. Tous ses gouvernements, jusqu’ici, ont compté leur lot de pierres de luxe tant il est vrai qu’il préfère la femme-ministre au ministre-femme dans la mesure où l’œil de la caméra, et de l’électeur, capte d’abord et surtout l’éclat de la beauté de préférence à celui de la compétence.

Dans cette logique du pur casting télévisuel, l’homme politique s’efface donc derrière le maître-joaillier. Et en bon joaillier il cherche à s’assurer l’exclusivité de gemmes qui ont pour fonction, et d’embellir, et d’entourer sa personne de leur éclat.

Il ne faut pas chercher ailleurs les raisons de certaines nominations : Rachida, Rama, Nathalie et Valérie ont toujours eu pour elles de caresser agréablement la rétine. Par ailleurs, chacune d’elle présente un mode de beauté typée. Carnation, chevelure, couleur des yeux, intensité du regard … le spectateur est invité à voyager et rêver, se partageant entre l’Europe et l’Afrique pour des raisons de diversité.

Cette diversité - recherchée et revendiquée - est l’un des soucis du maître-joaillier. On notera qu’elle repose sur un système très élaboré de paires contrastives : le blanc et le noir, le blond et le brun, le blond « bcbg » et le blond vénitien. Tout ceci afin de démonter l’habileté de l’artisan qui réunit, rassemble et compose lumières et éclats de « différences » dans un même bouquet : le sien puisque lui seul est à même de le faire et réussir ce qu’aucun autre n’avait entrepris avant.

A ce stade, force est de constater le succès du maître. Son gouvernement devient une vitrine. Celle de son savoir-faire de politique. Celle de son faire-savoir de politicien. Celle de sa capacité à être souverain. Celle de la magnificence de son règne.

DE LA FEMME POLITIQUE AU SERVICE DU PRESIDENT A LA FEMME-PARURE A LA DISPOSITION DU ROI

On pourrait rétorquer qu’il y avait déjà eu des précédents. Et de citer le cas de VGE avec Alice SAUNIER-SEITE (« Les plus belles jambes de France. » à en croire l’intéressé, quand il était las de celles de Françoise GIROUD), celui de François MITTERAND faisant d’Edith CRESSON un Premier ministre et pas seulement en raison de son passé militant, celui d’Alain JUPPE s’entourant de « jupettes » dont certaines au charme avéré … .

Oui mais voilà, dans tous les exemples qui précèdent l’on avait affaire (seulement) à des femmes politiques au service d’un chef et/ou d’un parti ayant accédé au pouvoir. Leur engagement passé – y compris « privé » le cas échéant - leur valait reconnaissance et récompense et occasion de prouver qu’elles pouvaient faire aussi bien que les hommes et au côté d’un homme, le seul qui compta … le Président.

Et l’on s’arrêtait là.

Depuis Nicolas SARKOZY la donne a changé.

Certes, le passé politique - ou autre, s’il démontre possession et maîtrise de certaines compétences - importe toujours. Cependant, il est devenu un élément secondaire, très secondaire. L’important, dorénavant, c’est le physique et la … télégénie. Il ne suffit pas d’être gracieuse, il convient de l’être, de le jouer devant la caméra et d’en convaincre le téléspectateur-électeur

La fonction « actrice » l’emporte donc et se détache mais pas seulement.

Le rôle qui est imparti ne se limite pas au jeu et à la comédie quand bien même fut-elle celle du pouvoir. Il convient également de paraître aux côtés du monarque et faire parti d’un aréopage fleuri et fleurissant. Ce parterre de fleurs, aux allures de décor dans lequel évolue le souverain, démontre au tout venant la pertinence dont il a fait preuve en ayant  choisi chacune, leur donnant la chance d’éclore pour et par le roi, leur propre magnificence rendant la sienne encore plus évidente.

LE PARADOXE DE LA FEMME-PARURE : NI FAVORITE NI POTICHE

Mais attention, il est une erreur à ne pas commettre !

Ce système n’est pas seulement un système de cour comme on l’affirme un peu trop souvent. C’est également, et surtout, un système de communication active où des personnages starisés évoluent, et dans un théâtre, et selon une mise en scène et des dialogues dont le respect est impératif.

Pour cette raison, la femme-parure n’est pas un vulgaire colifichet. Elle appartient à la catégorie des joyaux, et pas n’importe laquelle … celle des joyaux de la couronne, de la couronne du monarque. Pour cette raison, elle se doit de briller autant sur commande que sur commandement. Par contre, il lui est formellement interdit d’émettre des lueurs en disharmonie avec la luminosité ambiante. Cette règle, à l’apparence de détail, est plus qu’impérative : elle conditionne la continuité de la présence de la femme au sein de la parure. A l’avoir trop ignorée, Rachida n’y figure plus, la monture de Rama se fragilise de plus en plus annonçant l’inévitable cassure … .

Par conséquent, la femme-parure se distingue, et de la favorite, et de la potiche.

Il ne lui est pas besoin de coucher pour plaire au roi. Il suffit, pour satisfaire le monarque, de paraître et briller à ses côtés mais pour le compte exclusif du souverain : les regards admiratifs doivent finir non sur la pierre précieuse mais sur celui qui l’arbore.

Mais il est un impératif qui pèse sur elle : sa brillance ne doit pas être passive. Elle doit être active c'est-à-dire convaincre. La pierre est authentique et non pas synthétique. Ses reflets doivent laisser transparaître son intelligence.

Cet impératif est un piège redoutable. Car intelligence ne signifie pas indépendance. Et l’obligation d’être belle et de penser ne signifie pas que l’on possède la liberté de penser, surtout de penser autrement ou pas assez selon les goûts du monarque.

La chausse-trappe a avalé Rachida. Elle a failli engloutir Nathalie. Elle va dévorer Rama.

UN AVATAR DU MACHISME EN POLITIQUE ?

Ces mésaventures des unes et des autres renseignent sur le mode actuel d’exercice du pouvoir.

L’on a affaire à un processus, initié par François MITTERAND, mais qui atteint aujourd’hui son comble : l’« égotisation » (on pardonnera le néologisme) du pouvoir.

Le monarque républicain règne, gouverne, concentre, s’arroge et confisque même tous les pouvoirs, peu important la règle de séparation desdits pouvoirs (cf. l’épisode d’Eric BESSON qui, sur ordre, décide de ne pas mettre en vigueur les tests ADN pourtant votés par l’Assemblée Nationale, sans parler de l’utilisation de la justice pour abattre Dominique de VILLEPIN).

L’on pourra rétorquer que ceci n’est pas nouveau.

L’objection utilisera l’exemple habituel de l’absolutisme et de Louis XIV. Sauf que cette objection ne vaut pas. Louis XIV faisait don de son « moi » au service de l’Etat. Nicolas SARKOZY fait don de l’Etat au service (exclusif) de son « moi ».

De la sorte, et à l’intérieur de la logique précitée, la femme-parure ressemble à la « femme-objet » des années soixante/soixante-dix. Elle doit satisfaire les désirs du maître voire les devancer sans jamais les contrarier.

QUAND LA PARURE VIENT A DEPARER …
Les déboires publics et médiatiques des unes et des autres parmi les femmes-parure signent l’échec du système.

Moins criant que des affaires Frédéric MITTERAND ou JEAN SARKOZY, mais plus sournois car invisible au premier abord, cet échec, sur le long terme, isolera très vraisemblablement l’actuel locataire de l’Elysée dans la mesure où il révèle plusieurs attitudes et réalités de son action et de sa pensée :
-    la politique de la diversité calibrée marketing ne marche pas,
-    la femme en politique se résume à sa seule utilité,
-    l’égoïsme intransigeant - que dissimule la prétendue « culture du résultat » - mêlé à l’avidité du bon résultat immédiat condamnent implacablement au renvoi tous ceux et celles qui auront échoué aux yeux et selon les seuls critères du maître.

De quoi perdre de nombreuses voix. De femmes mêmes UMP. En banlieue également … .

De quoi se faire, et dans son camp voire parmi ses proches, beaucoup d’ennemi(e)s aussi ; lesquel(le)s s’empresseront, le jour venu, de se retrouver après avoir bien aiguisé leurs poignards et attendu patiemment leurs « Ides de mars » … .

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