âpre confrontation entre Dominique de Villepin et Philippe Rondot

Publié le par Vivre Ensemble


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Dominique de Villepin, au palais de justice de Paris. Au terme de neuf demi-journées d'audience, il est difficile de prédire l'issue des débats pour l'ensemble des prévenus. Crédits photo : DENIS/REA




Accablé par le témoignage du général Rondot, l'ancien premier ministre est parvenu in extremis à semer le doute sur son implication dans l'affaire. Mais les débats reprennent lundi.
 

Faut-il vraiment s'étonner que, dans une affaire de manipulation des plus tordues, le procès tourne à la mystification ? C'est ce qui se produit en ce moment au tribunal de Paris, avec le dossier Clearstream. Au terme de neuf demi-journées d'audience, bien malin qui pourra prédire l'issue des débats pour l'ensemble des prévenus.

La confrontation générale de mercredi restera dans les annales. Non que la vérité en ait soudainement surgi. Mais parce que la puissance manœuvrière des uns et des autres est clairement apparue.

À ce jeu-là, Dominique de Villepin sort gagnant. La manière dont l'ancien premier ministre a contourné la ligne Rondot, sur laquelle il devait logiquement capituler, est étourdissante. Le général, on le sait, tenait des petits carnets dans lesquels il relatait la moindre de ses activités. Leur saisie tardive, totalement inopinée, a donné corps à la procédure. La lecture de ces documents accable Dominique de Villepin, notamment sur trois points sur lesquels repose largement l'accusation :

1. Dès la réunion du 9 janvier 2004, le nom de Nicolas Sarkozy a été associé à un «compte couplé», et l'enquête demandée par M. de Villepin avait été commandée par le président de la République de l'époque, Jacques Chirac.

2. Le 25 mars 2004, M. de Villepin demande au général Rondot de faire sortir Imad Lahoud, le faussaire présumé de Clearstream, de la garde à vue qu'il subit dans une affaire d'escroquerie.

3. Le 19 juillet 2004, M. de Villepin met en garde le général, qui lui explique que tout est probablement bidon, en ces termes : «Si nous apparaissons, le PR [président de la République, NDLR] et moi, nous sautons.»

L'ancien premier ministre, dans un premier temps, conteste formellement ces indications. Selon lui, les notes Rondot sont tout sauf fiables, puisque reconstruites a posteriori sur la base d'autres écrits. Il les qualifie aimablement de «salmigondis», ses avocats, plus charitables, d'«impressionnistes» . Dans un deuxième temps, le général, piqué au vif, défend sa production à la barre : ce qu'il a écrit est authentique, et la chronologie, inattaquable.

Mercredi 7 octobre. Prétoire surchauffé. Dehors, l'orage gronde dans la nuit. C'est bien simple, on se croirait au cinéma. Dominique de Villepin, en posture délicate, contredit par l'inflexible général et plombé par Jean-Louis Gergorin, qui croit pourtant lui être agréable, se lance dans une violente charge non pas judiciaire mais politique, lourde de sous-entendus pour Nicolas Sarkozy et sa garde rapprochée. Et, tout à trac, il propose une autre lecture des notes Rondot - Saint-John Perse, l'un de ses poètes favoris, figure du Quai d'Orsay, n'écrivait-il pas que «l'inertie seule est menaçante» ? Le «salmigondis» est à présent un précieux manuscrit, son créateur a droit à une série de «mon Général» déférents. Il endure toutefois, estomaqué, l'exégèse que voudrait imposer l'ancien chef du gouvernement de ses écrits, totalement différent de celle de l'auteur lui-même. «Ce dossier a dérivé à cause d'interprétations fallacieuses, assène le prévenu. Il y a dans ces notes la preuve qu'aucun complot n'a existé . N'est-ce pas, mon général ?»

L'officier semble pétrifié, comme si une division blindée venait de traverser sa chambre à coucher. Le président du tribunal, Dominique Pauthe, lui demande alors ce qu'il pense de la diatribe de l'ex-ministre et de son analyse de texte. C'est un moment capital. Car si le témoin, à cet instant, rétorque que le prévenu délire, tout bascule. Or il lâche, solennel : «Chaque fois que Dominique de Villepin prononce un discours, je ne peux m'empêcher de l'écouter avec attention et d'être - je ne le cache pas - un peu ému.» Bingo : on n'est plus au tribunal mais à l'ONU, le vieux soldat a la larme à l'œil, rompez les rangs.

Certes, quelques minutes plus tard, M. Rondot répétera pour la centième fois, preuve qu'il croyait dur comme fer qu'il était mandaté à distance, le 9 janvier 2004, par Jacques Chirac : «J'ai sollicité d'être reçu par le président de la République, je n'ai jamais eu de réponse. Mais on ne m'a pas dit : “Mon pauvre ami, vous n'avez rien compris…” » Il ajoute, résigné : «Mon souci était de défendre le président de la République et Dominique de Villepin.» Celui-ci ne rate pas le coche : «Et je vous en remercie, mon Général.»

Tout le procès Clearstream, du moins la stratégie de Dominique de Villepin, tient en ce retournement de situation culotté. Il est évident qu'il ne dit pas toute la vérité, pour employer une formule prudente. Mercredi, Me Thierry Herzog, conseil de Nicolas Sarkozy, a d'ailleurs, habilement, bétonné son argumentation accusatrice, adossé aux procès-verbaux sans équivoque de Jean-Louis Gergorin et aux agendas du général Rondot. Le ministère public ne manque pas non plus une occasion de contrer cet outrecuidant prévenu, dont les acrobaties intellectuelles le laissent sceptique. Mais dans un procès correctionnel, si les impressions comptent au moment où le tribunal rédige le jugement, celui-ci repose en priorité sur une réflexion juridique.

Double niveau de lecture


Dominique de Villepin est poursuivi pour complicité de dénonciation calomnieuse, complicité d'usage de faux, recel de vol et d'abus de confiance, le premier délit «tenant» en quelque sorte les deux autres. Pour condamner un prévenu, trois éléments sont nécessaires : l'élément légal (les faits doivent être punis par la loi) ; l'élément matériel (les faits doivent être constitués) ; l'élément moral (le prévenu avait l'intention de commettre un délit).

En l'espèce, il est principalement reproché à l'ancien premier ministre «de s'être, courant 2004, rendu complice du délit de dénonciation calomnieuse commis par MM. Gergorin et Lahoud, en donnant pour instruction, courant avril 2004, à M. Gergorin d'entrer en relation avec le juge Renaud Van Ruymbeke», aux fins de lui adresser divers courriers de dénonciation, sachant que les faits imputés étaient faux.

La défense de M. de Villepin, qui veut limiter la prévention au mois d'avril 2004, consiste à affirmer que l'intéressé n'a jamais eu en main les listings trafiqués et qu'il n'a pas vu les courriers extraordinairement vindicatifs - et donc calomniateurs - qui les accompagnaient. Qu'il n'a jamais eu connaissance d'un CD-Rom qu'aurait déposé Jean-Louis Gergorin à son secrétariat, le seul CD-Rom retrouvé chez lui contenant, sous une forme cryptée, ses propres œuvres littéraires.

Dès lors, la question de sa bonne foi ne se pose pas - alors qu'elle constitue l'argument majeur de Jean-Louis Gergorin. Cependant, d'après les diverses dépositions, Dominique de Villepin n'a eu - pour ses interlocuteurs - de doutes sur la véracité de l'affaire Clearstream qu'en juillet 2004 et de certitudes qu'en octobre. En outre, si le tribunal considère qu'il a demandé à M. Gergorin de se rapprocher du juge Van Ruymbeke, cela ne signifie pas qu'il savait que les listings étaient faux.

Reste la question des mensonges potentiels du prévenu. Ses explications sur la garde à vue d'Imad Lahoud, le 25 mars 2004, paraissent, notamment, peu convaincantes. Mais ses avocats soutiendront que leur client n'est pas poursuivi pour avoir menti sur ce point, d'autant que le général Rondot confirme que le nom d'Imad Lahoud n'a pas été prononcé au téléphone ce jour-là - il n'était question que d'une «source». Même type de raisonnement pour la mention du 19 juillet 2004 («Si nous apparaissons…») : il paraît hautement improbable que cette formule ait été prononcée, comme le prétend avec aplomb M. de Villepin, par Nicolas Sarkozy, le 15 octobre, et déplacée par le général Rondot dans ses notes. Mais prouve-t-elle que l'ex-ministre a envoyé Jean-Louis Gergorin chez le juge Van Ruymbeke en avril ?

La difficulté du procès Clearstream, outre le fait que le dossier lui-même est d'une rare complexité, avec plusieurs protagonistes dont l'attitude ne relève pas toujours de la rationalité la plus pure, réside dans le double niveau de lecture qui s'impose.

Il y a l'audience, avec ses déclarations. Celles d'Imad Lahoud, fluctuantes, comme si l'agrégé de mathématiques cherchait en permanence à sentir d'où vient le vent pour proposer une version adaptée au climat du moment - au cas où il ne l'aurait pas remarqué, le climat ne lui est pas du tout favorable. Celles de Jean-Louis Gergorin, échevelées, qui laissent à penser que l'ex-haut dirigeant d'EADS croyait dur comme fer aux comptes secrets de Clearstream. Celles de Dominique de Villepin, tantôt minimalistes, tantôt fougueuses, toujours millimétrées.

Et puis il y a le dossier, la prévention qui tient le tribunal ou, plutôt, l'écrase. Quarante tomes bourrés de procès-verbaux et d'expertises, un puits noir d'encre au fond duquel les juges devront aller chercher la vérité. Sans que personne ne les y aide.

Publié dans AFFAIRE CLEARSTREAM

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Ensemble 09/10/2009 15:41


Monsieur RAFFARIN , a plaidé en faveur de notre ami Dominique de Villepin, il a compris que la machine sarkozy
était en marche, et que celle-ci n'était pas respectueuse de notre République ! Vous avez tout mon soutien Monsieur de Villepin, car vous êtes un homme de valeur vous l'avez prouvez pendant votre
mandat de Premier Ministre, Ministre de l'Intérieur, et Ministre des Affaires étrangères. Amitié