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Dominique de Villepin est intervenu à la mi-journée devant le Conseil National de République Solidaire. Le texte de son discours !

Publié le par Agir Ensemble

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"Merci à vous tous du fond du cœur d’être là.

Je sais que vous avez bravé pour cela le froid et les intempéries. Je sais que vous êtes venus de tous les départements, de toutes les régions et je veux saluer tout particulièrement nos amis venus d’Outre Mer. Je suis heureux de me trouver parmi vous aujourd’hui. Heureux de voir ce qu’est devenu notre mouvement en si peu de temps. Il y a quelques mois à peine, c’était le moment de la fondation de notre mouvement. Mais, grâce à votre mobilisation à tous, grâce à toi Brigitte, grâce à vous mes amis parlementaires et élus qui se dévouent sans compter, grâce à vous Isabelle IGNACE et Sidi SAKHO à la tête du mouvement jeunes, grâce à vous Christophe CARIGNANO en charge du réseau Villepincom.net, grâce à vous Denis BONZY et Sihame ARBIB en charge de la mobilisation citoyenne, grâce à vous responsables des fédérations, - Grâce à vous tous, aujourd’hui, nous sommes en ordre de marche et tenons notre premier conseil national. Je souhaite que nous fixions ensemble notre feuille de route.

Notre devoir, aujourd’hui, c’est de regarder notre pays en face et d’ouvrir les yeux sur ce qui nous entoure. Ce n’est pas un moment comme les autres, mais un moment décisif. Chacun d’entre nous le sent bien.

Soyons lucides, le monde change et ne nous attendra pas.

Nos économies sont en crise. Il ne suffit pas de dire que c’est fini pour que cela soit vrai. Que nous a révélé la crise de 2008 ? Que nous ne pouvions compter que sur nous-mêmes. Le capitalisme n’est ni bon, ni mauvais, mais son besoin de profits est illimité, dévorant les ressources naturelles de la planète et le travail de l’être humain. Les banques sauvées par l’argent public au pire de la crise, spéculent aujourd’hui contre les Etats. Qui peut le comprendre ? Qui peut l’admettre ? Les leçons du siècle passé sont simples, les crises du système économique conduisent aux guerres, la régulation seule apporte la paix et la prospérité.


Nous allons vers de plus en plus de confrontations. Le monde a basculé. L’Occident ne peut plus prétendre diriger le monde. Avec le retour en force de la Chine, de l’Inde, du Brésil s’annoncent aussi des conflits sur les monnaies, sur l’énergie, sur les matières premières. Voyez seulement comment la Chine s’efforce de contrôler des matières premières comme les terres rares pour en faire une arme stratégique. La mondialisation heureuse ne peut être que responsable et maîtrisée.

Soyons lucides, l’Europe joue sa survie.

Une déflagration en chaîne entraîne les pays les uns après les autres dans la débâcle. On croyait le FMI réservé aux pays du Sud. Désormais, il doit se mobiliser pour les économies du nord : d’abord la Grèce, ensuite l’Irlande. Déjà les marchés lorgnent leurs prochaines victimes : le Portugal, l’Espagne, plus loin l’Italie.

L’euro qui était notre bouée – et qui l’a encore été pendant la crise, rappelons-le – l’euro ne doit pas devenir notre boulet, à cause de postures dogmatiques et de querelles de gouvernements. L’euro trop fort c’est des usines qui ferment et des emplois qui partent.

Ayons la lucidité d’admettre que notre pays souffre.

Il y a une dépression française.

La France est fatiguée. Chez beaucoup de Français il y a le sentiment d’être à bout, qu’après déjà beaucoup d’efforts, ils ne peuvent plus faire face et qu’il suffirait d’un accident de plus pour que survienne le dérapage.

La France a peur. Elle a peur pour son avenir, qu’elle sent confusément plus dur que le présent, elle a peur de sa jeunesse, elle a peur du monde et de la mondialisation parce qu’elles remettent en cause nos positions.

La France enfin se referme sur elle-même. A l’heure où dans le monde on entend s’exprimer l’optimisme et l’enthousiasme de peuples entiers, en France, on vit sous l’emprise d’un nouveau mal du siècle. Du sentiment que tout a déjà été dit, écrit, inventé, essayé.

La vérité de la France de 2010, c’est l’enfermement que nous subissons chaque jour Qui peut dire que nous soyons vraiment libres de nos choix ?

Les conditions de travail créent des dépendances insupportables.

C’est vrai pour le travail posté, où tout est réglé et minuté dans les moindres détails. C’est vrai pour l’agriculture. Je l’ai vu en Haute-Saône en rencontrant une famille d’éleveurs laitiers. Ils se sentent sous la coupe des prix fixés par la centrale d’achat. C’est vrai pour les PME face aux grandes entreprises qui sont souvent leur donneur d’ordre unique, comme me l’ont dit ces entrepreneurs à Dijon.

Face à l’Etat aussi, combien de dépendances pesantes.

Dans notre Etat-Providence, l’assistanat empêche de donner les moyens de sortir de la misère. On maintient en survie sans chercher à donner d’autre perspective que la colère.

Les artisans, les travailleurs indépendants, les professions libérales sont soumis à une bureaucratie tatillonne et paralysante. Tout le monde est d’accord pour dire qu’il faut embaucher. Quand on le fait, combien de déclarations, de formulaires, de contrôles, décourageant même les plus motivés ?

Le contribuable, quant à lui, supporte une fiscalité complexe et trop souvent incompréhensible.

En un mot, la société française étouffe dans un carcan.

Le diplôme dicte chez nous le cours d’une vie. Comme si tout était écrit une fois pour toutes. Pourtant qu’est-ce qui compte vraiment ? Le mérite, l’énergie, la volonté. Les quartiers deviennent des zones fermées dont on ne parvient plus à sortir. Quel gâchis, quand on en connaît les énergies, le désir d’initiative, les espoirs. De même, les discriminations nées de l’ignorance, de la haine ou de la peur empêchent de vivre selon sa liberté, face au racisme, à l’antisémitisme, face à la xénophobie et à l’homophobie.

Pourquoi sommes-nous ainsi plongés dans l’impuissance ?

C’est l’effet de la lassitude de notre démocratie. On nous a dit de laisser faire les experts, de dormir tranquille. Aujourd’hui, le réveil est brutal. Le système politique s’enferme dans les surenchères et dans les réponses toutes faites, comme s’il n’y avait jamais rien de nouveau, à part l’anecdote, le sensationnel et les querelles de personnes.

C’est le résultat de la coupure des pouvoirs avec le peuple. Qui peut encore croire que la solution viendra d’en haut ? Qu’elle viendra des certitudes du pouvoir ? Je suis convaincu que seuls les Français peuvent créer le sursaut. Voilà pourquoi je vais à leur rencontre et suis à leur écoute.

Nous n’arrivons pas à faire des choix assumés parce que nous avons les mains liés. Nous avons renoncé à l’exigence d’indépendance.

Nous n’engagerons notre redressement qu’à force de volonté commune et de choix assumés. Or nous n’y arrivons pas, parce que nous avons les mains liées. La France doit s’en redonner les moyens. La clé, c’est l’indépendance, c'est-à-dire l’équilibre entre la responsabilité et la solidarité, qui encourage, qui aiguillonne, qui accompagne. Se libérer de toutes les dépendances, c’est la condition pour choisir sa vie et aller vers les autres.

Notre République s’est construite sur l’idéal de l’indépendance. On oublie que ceux qui ont fait la France, ceux qui ont donné la République à la France pendant la Révolution ont été avant tout des hommes libres, des citoyens émancipés, des producteurs indépendants. De même, au cœur de la IIIe République, il y a l’aspiration à l’indépendance défendue par Gambetta et Clemenceau. Sans même évoquer ici la haute figure du général de Gaulle. Aujourd’hui, cette indépendance repose sur plusieurs piliers.

L’indépendance c’est d’avoir une qualification qui donne un métier, parce que les savoir-faire sont le seul patrimoine de ceux qui n’en n’ont pas.

C’est d’avoir son propre logement, parce qu’ils savent qu’en cas de coup dur, avoir son logement est le meilleur filet de sécurité contre le glissement vers la pauvreté et le déclassement.

C’est d’avoir une voiture, parce qu’en dépit de ce que veulent croire certains, quand on est obligé de vivre en périphérie d’une grande ville, quand on vit dans une ville moyenne ou dans les campagnes, la voiture est synonyme de possibilité de travail, de mobilité, d’accès aux services.

C’est d’avoir un état de santé qui permet de se libérer des soucis de l’avenir pour se consacrer à le construire, ce qui suppose une protection sociale de qualité.

C’est encore, avoir un libre accès à Internet, qui constitue pour notre époque un nouvel espace de liberté.

Mais soyons bien conscients qu’aujourd’hui, pour les classes moyennes, comme pour les plus défavorisés, l’indépendance est un rêve inaccessible.

C’est quoi être indépendant quand on se saigne pour payer chaque mois le son loyer ? Quand on n’a pas le choix de son travail, parce que l’angoisse du chômage est là qui pèse. Quand le prix des transports augmente au gré des flambées du prix de l’essence. Quand la santé coûte de plus en plus cher. Quand il faut prendre en compte l’argent nécessaire pour soutenir ses enfants, pour subvenir aux besoins de parents dépendants.

Regardez la vie quotidienne des Français. Il faut courir toute la journée. Courir à la crèche avec le plus petit. Courir dans les transports en commun. Courir à au bureau ou à l’usine. Courir pour faire les meilleures affaires dans les magasins. Et ceux qui ne peuvent pas courir, les plus âgés, les ruraux, les chômeurs, on les rejette. Il y a en somme la France qui n’en peut plus de courir et la France qui n’en peut plus d’attendre.

Sommes-nous encore des citoyens. Nous nous sentons ravalés au rang d’individus, de concurrents, de rivaux. La compétition et l’humiliation nous ont transformé en un pays divisé entre gagnants et perdants, entre vainqueurs et vaincus. A chaque pas on peut trébucher. A chaque pas on craint d’être poussé dans le ravin. Il en faut du mérite, il en faut du courage à ceux qui prennent sur eux de relever ceux qui sont tombés.

A l’extérieur, nous cédons également sur cette exigence d’indépendance qui est notre identité même. Ainsi quand nous nous alignons, économiquement avec l’Allemagne, militairement avec la Grande Bretagne et stratégiquement avec les Etats-Unis.

Il y a bien, nous le voyons, une révolution que la France n’a jamais faite, la révolution de l’indépendance. De l’émancipation face au pouvoir. C’est celle-là que nous pouvons initier, celle là à laquelle nous pouvons contribuer. Une indépendance à la fois dans notre vie personnelle, dans notre vie collective, dans notre vie nationale.

Nous voulons des citoyens indépendants, des citoyens émancipés.

Soyons concrets. C’est une exigence de tous les âges de la vie

Pour les jeunes, il s’agit de donner la capacité à dessiner leur vie future par leurs propres choix, en les dotant tous du même capital de départ, grâce à un pécule constitué d’un prêt à taux zéro remboursable sur les revenus ultérieurs et de droits à la formation.

Pour les seniors, cela veut dire une retraite à la carte, dans un système progressivement unifié, qui seule donne à chacun le libre choix de l’âge de départ et du montant, en fonction de la connaissance qu’il a de ses besoins et de ses aspirations. Pour les retraités, c’est assurer un niveau de pensions suffisant pour une vie autonome.

Pour les familles qui s’installent dans la vie, cela signifie aussi une politique volontariste d’accession à la propriété, en favorisant la mixité sociale.

C’est une exigence face aux défis

Pour de nombreux concitoyens handicapés, c’est une prise en charge qui assure la dignité et la plus grande indépendance possible.

Cela signifie pouvoir choisir son parcours professionnel grâce à une formation permanente refondée et pouvoir faire face aux accidents grâce à une sécurisation plus effective.

Il faut donner toute leur place aux PME, qui portent ces valeurs d’indépendance et sont créatrices d’emploi, en mobilisant au service de l’investissement et du renforcement des fonds propres une part des encours d’assurances-vie, en leur donnant de nouvelles garanties face à leurs donneurs d’ordres et en leur donnant un meilleur accès aux marchés publics..

Il faut assurer un soutien massif à l’économie sociale et solidaire, au mouvement coopératif qui est gage d’indépendance pour tant d’agriculteurs ou de salariés de l’industrie. Soutenons l’innovation sociale en créant des Pôles de solidarité à l’image des pôles de compétitivité, en ouvrant le Crédit Impôt recherche à l’innovation sociale.

C’est une exigence pour tout le monde

Pour les femmes, c’est améliorer le libre choix de leur vie grâce à un accès plus facile aux services de la petite enfance et à une véritable politique de parité.

Pour nos concitoyens d’outre-mer, cela signifie de leur montrer par des actes qu’ils font partie intégrante de la communauté nationale et qu’il faut trouver avec eux un chemin de développement dans la dignité, la responsabilité et le travail, loin des logiques d’assistance.

Pour tous les citoyens, cela signifie pouvoir faire le choix de l’engagement. C’est pourquoi nous voulons créer un service solidaire universel ouvrant droit à un revenu civique.

Nous voulons des pouvoirs indépendants pour un meilleur équilibre et des décisions partagées par tous.

Il faut soutenir l’indépendance des pouvoirs et des contre-pouvoirs. De la justice, en coupant enfin le cordon qui relie le Parquet à la Chancellerie. Des médias en interdisant par la loi le contrôle de médias par des groupes industriels dépendant de la commande ou de la régulation publiques.

Il faut favoriser les dynamiques de projets locaux. Aux universités, aux hôpitaux, aux écoles de définir leur propre projet dans un cadre national commun. Aux communes et aux régions d’être les chefs de file de la mise en œuvre des politiques concrètes d’aménagement, de cohésion urbaine, de sécurité même. C’est vrai notamment pour les quartiers sensibles qui doivent devenir acteurs de leur destin et de leur changement à travers des conseils de quartier élus.

Nous voulons une nation indépendante. Parce qu’il n’y a pas de citoyens libres dans une nation soumise.

Cela signifie une défense indépendante, à l’heure où l’OTAN veut tous nous mettre sous le même parapluie nucléaire, avec les Etats-Unis conservant la main sur les leviers.

Cela signifie une économie capable de maintenir sa diversité et sa spécificité. Où sera notre indépendance économique si nous devenons le musée du monde, un réservoir de services hauts de gamme pour touristes mondiaux ? Nous devons garder le choix. Nous devons réindustrialiser notre pays, non certes à coups de cheminées qui fument, mais grâce au pari de l’excellence technologique et de l’innovation, grâce au maintien de nos atouts traditionnels : agriculture et agro-alimentaire, énergie, environnement, transports, chimie, pharmacie, nanotechnologies.

L’Europe est notre communauté de destin, au sein de laquelle nous devons garder notre singularité et notre identité. Cela signifie accepter à la fois la responsabilité de chaque Etat – c'est-à-dire des politiques souveraines, originales – et la solidarité de tous – c'est-à-dire des politiques partagées sur l’agriculture, sur l’énergie, sur l’industrie. Cela signifie aussi décider ensemble et librement d’un chemin de convergence sociale et fiscale au sein d’un groupe d’Etats refondateurs. Nous voulons une Europe assumée et non subie grâce à un moteur franco-allemand ouvert et volontaire, une Europe pionnière qui donne l’élan. Nous voulons une Europe-puissance tournée vers le monde pour protéger ses citoyens et non une Europe-carcan qui nous soumet aux règles de la concurrence, car c’est un impératif de survie dans un monde où s’accumulent les confrontations commerciales, politiques ou monétaires.

C’est vrai, l’indépendance est pour moi une conviction. J’y ai toujours cru et j’y croirai toujours. C’est une conviction simple et évidente, forgée par l’histoire, forgée par l’expérience, mais aujourd’hui trop oubliée.

Ainsi la gauche a raison de dire que nous souffrons d’un lien social qui se défait, mais elle a tort de croire qu’il suffit de dépenser plus pour que tout aille mieux.

Ainsi la droite a raison de dire que nous avons besoin de libérer les énergies et les initiatives, mais elle a tort quand elle accepte que la liberté soit le droit du plus fort d’écraser le plus faible.

Face à la menace d’étouffement, face au danger de l’individualisme, c’est bien l’indépendance et la solidarité qui peuvent nous rassembler.

L’indépendance et la solidarité sont le projet et l’identité de République Solidaire.

Un mouvement ouvert à tous, riche de toutes les diversités de la France.

C’est vrai, République Solidaire est au-dessus des partis. Cela ne signifie pas que nous les ignorons ou les méprisons. Nous refusons de faire le jeu des catégories, des clans et des clientèles. Nous croyons que le dialogue, la rencontre et l’écoute c’est avant, pendant et après les échéances électorales. à l’écoute de tous les Français et de toute la diversité de la France d’aujourd’hui.

République Solidaire mise sur l’engagement, sur l’initiative et sur la spontanéité de chacun. Au sein de notre mouvement, tant de parcours singuliers. Nous ne demandons pas aux militants et sympathisants de laisser leurs parcours à la porte, mais au contraire de profiter de leur exemple et de leur élan. J’entends parler chaque jour d’initiatives formidables, de réussites personnelles et partagées, dans le sport de haut niveau, dans l’engagement associatif, dans la création. Il faut encourager cette diversité d’engagements au sein de notre mouvement.

République Solidaire est un mouvement libre et indépendant. Nous ne sommes pas guidés par des intérêts personnels. Nous n’avons pas l’obsession de la réélection qui incite à toutes les compromissions. Nous n’avons pas tel ou tel territoire à privilégier. Nous sommes au contraire au service de tous. On ne gouverne un peuple libre que par la liberté.

Chacun d’entre nous, en conscience, a un devoir d’engagement. Chacun d’entre nous doit se poser cette question simple : pourquoi est-ce que je combats ?

Notre combat n’est pas un combat personnel. C’est un combat pour les Français. Il faut aujourd’hui une méthode : - Le rassemblement. Il ne peut y avoir une réponse des uns qui l’emporte sur celle des autres. - Le temps. Il faut savoir se fixer un cap et s’y tenir. - La volonté. Toutes les réponses audacieuses se heurtent à des résistances.

Notre combat n’est pas un combat partisan. C’est le combat de l’intérêt général. Voilà notre bataille pour la France. Notre vision tient en trois mots : l’Etat, la République, la Nation. Nous voulons incarner une alternative crédible. Notre espoir, notre ambition, notre projet c’est le retour des Français, reprenant en main leur destin pour une France plus juste, plus moderne et plus humaine. Nous voulons la justice sociale et nous voulons la grandeur de la France et n’oublions pas l’autorité de l’Etat.

Et l’autorité de l’Etat, aujourd’hui, c’est avant tout une question vécue au quotidien, c’est la sécurité des Français. Nous devons mobiliser tous les instruments et toute la chaîne pénale pour associer bien sûr la sanction et la répression, mais aussi la prévention et la réinsertion.

L’autorité de l’Etat c’est aussi un Etat capable d’assumer des choix, grâce à des finances publiques assainies avec une règle constitutionnelle de vertu budgétaire.

L’autorité de l’Etat elle se joue par l’exemple donné au sommet, l’exigence de responsabilité et d’équilibre des institutions.

Notre combat n’est pas un combat égoïste, mais un combat au service des autres. L’engagement, j’en ai la profonde conviction, naît de l’indignation des consciences face au scandale de la société, face à l’injustice sociale. Il n’y a qu’une réponse la solidarité.

L’injustice aujourd’hui a le visage de la pauvreté. Un seul chiffre qui dit tout : deux millions d’enfants vivent dans notre pays dans la pauvreté. L’urgence aujourd’hui est bien là. Il faut rendre sa dignité à chaque personne. Ce n’est pas seulement une question d’argent. C’est une affaire d’humanité. Des situations à prendre en compte dans toutes leurs facettes : précarité, illettrisme, santé physique et mentale, logement, transports. La pauvreté c’est avant tout un parcours du combattant, une suite de murs qui se dressent devant vous. Il faut que les personnes reprennent prise sur leur vie. Comment ? Certainement pas par plus d’assistanat. Ni par plus de politiques subies et décidées d’en haut. Sortir de la pauvreté doit devenir une démarche coordonnée et globale, en prenant en compte toutes les difficultés qui conduisent à l’engrenage de la pauvreté. Cela suppose de donner à chaque personne en situation de pauvreté un interlocuteur privilégié face à l’ensemble des administrations concernées, capable de suivre une personne dans toutes ses dimensions et pas un dossier. Mais cela ne saurait suffire, il faut une mobilisation générale. On ne peut se satisfaire ni du « care » des uns, ni de l’indifférence des autres, il faut un appel à la responsabilité et à l’engagement de tous, y compris les banques, les bailleurs et les entreprises publiques. Il ne faut pas reculer devant l’utilisation de l’arsenal législatif existant, sur les réquisitions et les moratoires. Pour les plus défavorisés, avoir une voiture à très bas prix, c’est une possibilité d’autonomie, à l’image de ce qui se fait dans les pays émergents. C’est l’intérêt des constructeurs français que d’avancer rapidement sur un tel projet.

Le chômage et la précarité de l’emploi sont aujourd’hui la préoccupation essentielle des Français, parce que le travail est déterminant pour se projeter dans l’avenir et trouver sa place dans la société. Nous ne pouvons nous contenter de regarder les files d’attente de Pôle Emploi. Non, nous n’avons pas tout essayé. Il faut mettre la pression là où c’est nécessaire. C’est la détermination qui compte. Il faut que les employeurs assument leur responsabilité sociale. Dans les grandes entreprises créons une obligation d’emploi pour les jeunes. Développons le tutorat pour les seniors afin de les maintenir en activité.

L’injustice sociale, c’est aussi les quartiers populaires qui deviennent de plus en plus des ghettos dont les habitants se sentent dépossédés de leurs vies et de leur avenir, parfois même de leur culture. Il faut rompre avec les plans banlieue imposés d’en haut et mettre les habitants des quartiers à la barre, en faisant confiance aux élus locaux, à travers des projets territoriaux qui associent les associations, les entreprises, les pouvoirs publics. La clé c’est l’éducation prioritaire qui ne parvient plus aujourd’hui à réaliser l’égalité des chances. Ce qui compte ce sont les personnes, pas les zones. Nous proposons un droit personnalisé à l’éducation prioritaire donnant accès à un accompagnement particulier et à des activités extra-scolaires.

L’injustice, enfin, c’est un système de reproduction sociale de plus en plus brutale. Les élites se retrouvent entre elles, verrouillent des parcours et des possibilités, bien intégrées à la mondialisation. Les inégalités de salaire et de conditions de vie se creusent. Un jeune des milieux populaires, quelle chance a-t-il de faire des séjours à l’étranger, de profiter de cours particuliers, de recevoir un coup de pouce pour son premier emploi ? Y répondre cela signifie remettre l’égalité des chances au cœur de nos préoccupations.

Pour cela, je vous le dis : nous serons aux avant-postes du combat de 2012.

Engageons donc la bataille du nombre. Allons à la rencontre des Français pour les convaincre et les mobiliser pour les prochaines échéances. Car il faudra de l’énergie, du temps et de la volonté pour venir à bout de l’indifférence et des hostilités. Mais cela en vaut la peine. Allons recueillir les aspirations des Françaises et des Français. C’est notre honneur et notre devoir.

Engageons aussi la bataille de l’enthousiasme. Avec imagination, avec proximité. Souvenez-nous que nous sommes à l’heure des réconciliations, réconciliation des Français entre eux. Réconciliation des Français avec le monde. Réconciliation des Français avec la politique.

Engageons enfin la bataille du projet.. Allons à l’essentiel de notre combat. Défendons l’idée même que nous nous faisons de la République et de la France.

Oui, l’indépendance c’est aussi la capacité de faire des choix. C’est un choix personnel que j’ai fait il y a bien des années.

C’est un choix qui exige de l’endurance.

Avec ce que cela suppose de coups reçus. L’endurance, c’est se tenir debout envers et contre tout. Je ne change pas de convictions au gré des circonstances. Je ne change pas de valeurs. J’ai toujours pensé le combat nécessaire pour défendre ce qui mérite d’être défendu.

Sur ce chemin, il y a bien des joies et des bonheurs partagés. Et croyez bien que je mesure ma chance, et croyez bien que je mesure l’honneur de pouvoir aujourd’hui être en ce rendez-vous de fidélité et d’espoir.

C’est aussi un choix collectif, le choix de l’esprit d’équipe. Et ce qui nous guide tous, réunis ici, c’est l’esprit d’équipe pour servir les Français, un esprit de solidarité. Nous nous donnons des objectifs. Nous nous donnons les moyens de les atteindre.

C’est enfin le refus de toute fatalité, le choix de l’action. Sachons dire non au renoncement, non à un ordre injuste. Grâce à cet élan nous saurons rester fidèles à la France.

Mes chers amis,

Voilà le message que je veux vous adresser aujourd’hui. Tant que nous aurons les mains liées, dans notre vie, dans notre pays et en Europe, nous ne pourrons assumer notre destin.

Vous avez l’audace, vous avez l’ardeur et le courage. Vous êtes un espoir qui se lève. Et je le sais, nous serons sans cesse plus nombreux à entrer sur ce chemin de l’indépendance et de la solidarité. Et je le sais, vous porterez ce message dans vos départements et dans vos fédérations.

Car sur ce chemin, ne l’oublions pas, l’enjeu c’est notre engagement.

Nous voulons des citoyens libres, nous voulons une France fière.

C’est la condition d‘une France forte, renouant avec la réussite économique, et d’une France solidaire, sûre des ses valeurs.

Une France forte, c’est la condition d’une Europe forte, capable d’affronter les défis du monde. Il en va de notre destin commun. Il en va de la République. Il en va de la France."

Dominique de Villepin - Conseil National de République Solidaire - Palais des Congrès, Porte Maillot, Paris - samedi 4 décembre 2010

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